Oui, je veux que ma vie soit comme dans un film. Mais depuis le 7 Janvier, j’aurais effectivement vraiment préféré que ce soit un film. Un mauvais thriller. Pour que cela puisse s’arrêter et que rien ne soit vrai. Ce n’est pas le cas. Et je pense qu’il faut maintenant au contraire se confronter à la réalité : plus que jamais, interroger le monde qui nous entoure, discuter des valeurs que nous voulons défendre et essayer de comprendre comment notre société a engendré et peut faire face à ces drames. Parce qu’avant de devenir des monstres fanatisés, les terroristes étaient français, enfants d’une République qui, a un moment, a aussi merdé.

C’est pourquoi j’ai décidé de mettre en avant deux films qui interrogent, deux histoires de choix, de fraternité ou de résistance, deux histoires dans des paysages époustouflants où la violence parait incongrue, deux histoires d’Hommes debouts. Ce mois-ci, je ne veux pas que ma vie soit comme dans un film mais je voudrais que le courage de ces personnages nous inspire autant que celui de ceux qui ont perdu la vie sans cesser de se battre pour leurs convictions à Charlie Hebdo et ailleurs.

Usually I want my life to be just like a movieSince last wednesday, yes, I wanted to be in a movie but not in such a bad one. I hope I could have stopped it and nothing would have been true. This is not the case. And I think that now we must confront reality instead: more than ever, it’s important to question the world around us, to discuss the values we want to defend and to try to understand how our society has created these dramas. Because before becoming fanatical monsters, these terrorists were French, children of a Republic which, at one time, fucked up.

That’s why I decided towrite about two movies, two stories of choice, fraternity or resistance, two stories in a breathtaking scenery where violence seems incongruous, two stories about men facing the difficulties without giving up .This month, I do not want my life to be like a movie but I want to be inspired by the courage of this characters and by the courage of those who have died without denying their beliefs .


Timbuktu, le film d’Abderrahmane Sissako raconte l’occupation de la ville de Tombonctou, au Mali, par les extrémistes religieux et comment la loi islamique s’impose aux habitants : les femmes doivent porter des gants pour travailler, le foot est interdit et se faire arrêter pour un revers de pantalon trop court devient un triste quotidien. Face à la terreur, il y a la résistance de ce Touareg qui continue à vivre dans les dunes avec sa famille, de l’imam, des femmes comme cette mère qui refuse de céder sa fille pour un mariage forcé ou celle de ce groupe d’amis qui, dans la nuit, chante et fait de la musique. Sans mésestimer leur pouvoir, Sissako parvient à tourner les djihadistes en dérision, les représentant comme des pantins qui interdisent le foot mais débattent des résultats de la Coupe de Monde. C’est cet humour qui inflige au fanatisme une gifle magistrale, cet humour et la beauté. Car les images du film sont sublimes, comme un pied de nez à la barbarie, comme pour nous laisser aussi imaginer que, au milieu de ces dunes rougeoyantes, le Petit Prince va surgir et rendre au monde son humanité.

Timbuktu, Abderrahmane Sissako’s film speaks about the occupation of the city of Tombonctou, Mali, by religious extremists and how Islamic laws are imposed on people: women must wear gloves to work, soccer is prohibited and being stopped for a too short trousers becomes a daily and sad habit. Beyond terror, there is the resistance of the Tuareg who continues to live in the dunes with his family, the speach of the imam, women like the mother who refuses to give her daughter to a forced marriage or the resistance of this friends, one night, who sing and make music. Without underestimating their power, Sissako manages to turn the jihadists in derision, like puppets prohibiting soccer but discussing the results of the World Cup. It is this humor that inflicts fanaticism a masterful slap, the humor and the beauty. Because the images of the film are sublime, like a snub to barbarism, as to let us also imagine that, among these glowing dunes, the Little Prince will arrive and give back the world it humanity.

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Même images magnifiques dans Loin des Hommes qui se déroule dans l’Atlas saharien, au milieu d’une terre aride et proche du désert. Le film de David Oelhoffen, adaptation d’une nouvelle de Camus, raconte comment l’instituteur pacifiste d’un village reclus doit escorter un paysan arabe accusé du meurtre de son cousin en 1954, alors que la rébellion gronde en Algérie. Entre des villageois réclamant la loi du sang et des colons pleins d’amalgames, les deux hommes vont s’apprivoiser et finalement lutter ensemble pour retrouver leur liberté. Une histoire résolument tournée vers la fraternité portée par un duo d’acteurs épatants, que j’adore : Viggo Mortensen et Reda Kateb.

Same beautiful images in the movie Loin des Hommes, taking place in the Saharan Atlas, in the middle of a barren land and close to the desert. The film of David Oelhoffen, an adaptation of a novel written by Camus, tells how a pacifist teacher of a recluse village must escort an Arab farmer accused of murdering his cousin in 1954, while the rebellion rumbles in Algeria. Between villagers claiming the law of blood and full of settlers making amalgams, the two men will be tamed and ultimately fight together for their freedom. A real brotherhood story.

Critique de film Loin des Hommes

Critique de film Loin des Hommes

Timbuktu, Loin des Hommes… les similitudes existent: histoires douloureuses, histoires de solitude mais surtout histoires de combats dans des lieux où la nature est puissante, belle et poétique. Comme ces personnages, tout petits dans un paysage vertigineux, nous nous sentons souvent minuscules et impuissants face au monde mais nous pouvons être libres et faire le choix d’essayer de voir la beauté au milieu du chaos.

Au fait, Timbuktu est nominé aux Oscars dans la catégorie Meilleur Film Etranger. Croisons les doigts !

Whether Timbuktu or Loin des Hommes, these movies are painful stories, stories of loneliness but especially fighting stories in places where nature is powerful, beautiful and poetic. As these characters, like toddlers in a dizzying landscape, we often feel tiny and helpless in front of the world but we can be free and make the choice to try to see the beauty in the chaos.

By the way, Timbuktu is nominated for for Best Foreign Language Film at the 2015 Oscars. Fingers crossed !


Écrit par Marie-Emilie Michel / Written by Marie-Emilie Michel