Curieux titre pour un roman. Il n’est pas très récent mais peu importe. Il fait partie de ces livres qui s’inscrivent durablement dans la mémoire à partir du moment où on les découvre.
No et moi est un roman de Delphine de Vigan, écrivain française aux mots simples et pourtant exceptionnellement bien choisis et chargés d’émotion.

Lou Bertignac, adolescente surdouée et timide, se trouve contrainte, pour les besoins d’un exposé qu’elle redoute, à découvrir le quotidien de No, une jeune fille à peine plus âgée qu’elle, qui vit dans la rue.

Le point de vue de l’adolescente, oscillant entre raison et espoir, compréhension et questionnement du monde, rend ce récit touchant et profondément humain.
L’un des plus beaux livres que j’aie lus récemment.

Curious title for a novel. It is not very new but whatever. It’s one of those books that fall into lasting memory from the moment you discover them.
« No et moi » is a novel by Delphine de Vigan, French writer that uses simple words and yet exceptionally well chosen and emotionally charged.

Lou Bertignac, gifted and shy girl, is forced, for the purpose of a presentation she fears, to discover the everyday of No, a girl barely older than her, who lives on the street.

The view of the teenager, oscillating between reason and hope, understanding and questioning the world, makes this story touching and deeply human.
One of the most beautiful books I’ve read recently.

Pour vous faire une idée et ne pas chercher à dire avec mes mots ce que Delphine de Vigan dépeint si élégamment avec les siens, voici un extrait (pour les francophones seulement, désolée) :

Elle ne dit pas : et toi, ni qu’est ce que tu fais dans la vie, elle dit exactement ça :
-Est-ce que tu peux me parler ?
Parler je n’aime pas trop ça, j’ai toujours l’impression que les mots m’échappent, qu’ils se dérobent, s’éparpillent, ce n’est pas une question de vocabulaire ni de définition, parce que les mots j’en connais pas mal, mais au moment de les dire ils se troublent, se dispersent, c’est pourquoi j’évite les récits et les discours, je me contente de répondre aux question que l’on me pose, je garde pour moi l’excédent, l’abondance, ces mots que je multiplie en silence pour approcher la vérité.
Mais No est devant moi et son regard est comme une prière.
Alors je me lance, dans le désordre, et tant pis si j’ai l’impression d’être toute nue, tant pis si c’est idiot, quand j’étais petite je cachais sous mon lit une boîte à trésors, avec dedans toute sorte de souvenirs, une plume de paon du Parc Floral, des pommes de pain, des boules en coton pour se démaquiller, multicolores, un porte-clés clignotant et tout, un jour j’y ai déposé un dernier souvenir, je ne peux pas te dire lequel, un souvenir très triste qui marquait la fin de l’enfance, j’ai refermé la boîte, je l’ai glissée sous mon lit et je ne l’ai plus jamais touchée, mais des boîtes ceci dit j’en ai d’autres, une pour chaque rêve, dans ma nouvelle classe les élèves m’appellent le cerveau, ils m’ignorent ou me fuient, comme si j’avais une maladie contagieuse, mais au fond je sais que c’est moi qui n’arrive pas à leur parler, à rire avec eux, je me tiens à l’écart, il y a aussi un garçon, il s’appelle Lucas, il vient me voir parfois à la fin des cours, il me sourit, il est en quelque sorte le chef de la classe, celui que tout le monde respecte, il est très grand, très beau et tout, mais je n’ose pas lui parler, le soir j’expédie mes devoirs et je vaque à mes occupations, je cherche de nouveaux mots, c’est comme un vertige, parce qu’il y en a des milliers, je les découpe dans les journaux, pour les apprivoiser, je les colle sur des grands cahiers blancs que ma mère m’a offerts quand elle est sortie de l’hôpital, j’ai plein d’encyclopédies aussi, mais je ne m’en sers plus tellement, à force je les connais par coeur, au fond du placard j’ai une cachette secrète, avec des tas de trucs que je ramasse dans la rue, des trucs perdus, des trucs cassés, abandonnés et tout…